04/01/2016

Déresponsabilisation dans les administrations publiques : les fonctionnaires coupables ?

Il est commun, pour ne pas dire banal, de lire et même de voir des situations plus ou moins ubuesques traduisant de l'irresponsabilité dans les organisations publiques avec souvent un bouc émissaire tout désigné : les fonctionnaires ! De fait, en ma qualité d'observateur ou d'intervenant, j'ai pu constater que ces situations ne naissent pas du tout par hasard. En clair, la situation n'est peut-être pas désespérée !


Le processus de déresponsabilisation peut être décrit comme un mécanisme induit par tout ou partie des six éléments sensibles suivants :

1. Les objectifs et les buts poursuivis dans le projet ne sont pas clairement formulés.

2. Le projet est lancé avec une évaluation sommaire des ressources nécessaires et disponibles. En langage clair, une inclinaison au "Y qu'a, faut qu'on" prédomine.

3. Le management, ou en amont le décideur politique, opère une délégation de la tâche sans clarifier sa contribution et son soutien aux effecteurs (les collaborateurs). 

4. Le délai de réalisation du projet est fixé sans connaître les capacités réelles à répondre à la demande. 

5. Le projet est dès lors ressenti comme une "patate chaude", c'est-à-dire une tâche avec un fort enjeu technique et humain sous forte contrainte de temps.

6. Dans ces conditions, les résultats obtenus sont souvent partiels. Le management en est réduit à une évaluation sommaire, souvent seul le délai est objectif (pas nécessairement respecté pour autant). 

En conséquence, le projet est perçu comme incomplet, insatisfaisant ou peu fonctionnel. A l'interne, il suscite des commentaires critiques ou désabusés. Il engendre surtout de nouvelles urgences pour pallier à ses défauts : le syndrome de la "patate chaude" se propage. L'organisation s'engorge, s'étouffe et tourne en rond. Difficile pour elle de reprendre la main. Pire, le management à défaut de critères de succès objectifs en est réduit à désigner des coupables. Le public ou les témoins extérieurs font de même, ils fustigent l'inefficacité de l'administration et de ses fonctionnaires : tous coupables !

A mon sens, ce monde peut être réformé simplement. Il suffirait pour cela de clarifier le rôle des politiques comme les stratèges de l'administration et non des super-gestionnaires, d’implanter des processus de délégation où les responsabilités des uns et des autres sont clairement identifiées, managers comme collaborateurs. Et enfin, si des indicateurs objectifs ont été énoncés, le processus se termine par une séance d'évaluation qui décèle les potentialités d'amélioration et non les fautifs et les coupables: le système devient vertueux. 

18:13 Écrit par Christophe Zimmermann dans Air du temps, Genève, Participation, Processus participatif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |

Commentaires

Les juges et les procureurs sont des fonctionnaires. Et s'il ne font pas leur travail et n'appliquent pas les lois, c'est en général pour protéger les notables et leur fournir des privilèges. L'Etat de droit est totalement bafoué. Le site www.1dex.ch explique très clairement la situation en Valais. Affaire Giroud-Tornay-Dubuis par exemple.
Concernant mon combat dans le canton de Vaud, commencé en été 2007 voilà un bref résumé non exhaustif expliquant ce système de privilèges:
http://1dex.ch/2016/01/dick-marty-nicolas-dubuis-le-bon-eleve-silencieux/#comment-97905
Dans le canton de Genève, de nombreux citoyens sont également confrontés aux mêmes genres de privilèges. L'association SOS Tutelles pourra vous renseigner à ce sujet.

Écrit par : Michèle Herzog | 04/01/2016

Monsieur, Merci pour votre article et votre analyse. Mais je trouve que vos explications ne correspondent pas du tout à la réalité. Voir le texte de mon premier commentaire.

Écrit par : Michèle Herzog | 06/01/2016

Monsieur Zimmermann,
J'ai vu que vous êtes psychosociologue et facilitateur, tâche et rôle indispensables dans beaucoup de structures. Justement dans la fonction publique - je devrais dire dans les services au publiques - le contrôle des règles législatives font défaut dans la haute hiérarchie, c'est-à-dire au niveau des responsables conseillers et exécutants des volontés politiques du législateur et celles des magistrats en charge de gestion de leur décastères (ministères).

Mais il y a une autre réalité que vous n'ignorez certainement pas: une volonté de démanteler les services publiques. Pour cela, il existe tant de manières et de moyens de le faire: réorganisations continuelles et contradictoires dans un rythme éfreiné de sorte que plus aucun agent ne comprenne où la direction veut en venir et que chacun se sente coupable de dysfonctionnement.

Je vais essayer de vous comprendre en reprenant dans votre ordre, les différents points que vous avez soulevés et d'y répondre selon mes intuitions.

1 - les buts poursuivis sont inavouables et le projet de désorganisation et de déstabilisation ne sont pas clairement formulés.
je dirais que tout simplement, ils ne sont pas définis, car le seul but est de tout privatiser ou de tout transférer au privé tout le patrimoine administratif de l'état. Quoi de mieux que d'installer des managers qui pillent le travail des meilleurs fonctionnaires et les données sensibles de l'état que plus aucun magistrat ne songe à protéger?
Souvenez-vous, des CEO des banques qui les ont trahies. N'étaient ils pas des espions économiques? et les très hauts cadres dans les différents départements cantonaux que les magistrats dotent de pouvoirs dont ils n'osent pas exercer eux-même, ceux de mandater unilatéralement des sociétés-amies pour des tâches de l'état, les rémunérant sans plan comptable ni budgétaire, sans information au grand conseil ni aval d'aucune direction. Les externalisations deviennent la routine.
Ces directeurs, à quoi servent-ils?
A attribuer des mandats aux copains de leurs réseaux installés tout autour sur le territoire et dans la région transfrontalière...

2 - "Le projet est lancé avec une évaluation sommaire des ressources nécessaires et disponibles. En langage clair, une inclinaison au "Y qu'a, faut qu'on" prédomine".
Un seul projet: celui d'être rémunéré hors grille des salaires en vigueur. L'évaluation sommaire des ressources suppose de devoir connaître les ressources existantes et la valeur collective et individuelle des collaborateurs sur le plan professionnel et sur le plan humain.
J'ai entendu mieux que le "Y-a-qu'à". Les directeurs ont l'arrogance de dire que les subalternes sont tous responsables si son projet personnel ne fonctionne pas.
N'est ce pas un moyen de se dédouaner de ses incompétences de directeurs sur les petites mains mal payées qui font tout leur travail, y compris de conception et de mise en place?

3 - Le management, ou en amont le décideur politique, opère une délégation de la tâche sans clarifier sa contribution et son soutien aux effecteurs (les collaborateurs).
Selon mes observations, le décideur politique a d'autres priorités. Il pense d'abord à sa ré-élection et cherche, pendant son mandat, à éviter sa mise en cause et la mise en évidence de sa nullité. Une délégation pour la tâche. D'abord, il devra faire désigner ceux qui doivent composer cette délégation. Des gens de métier et de terrain. Ce qui doit être explicité (clarifié) est la nature de sa participation et son soutien aux employés exécutants devrait être son implication dans le suivi des projets de fonctionnement proposés, qu'il soit à rénover ou à améliorer. Ils doivent correspondre à ses projets politiques. Le magistrat doit donc déléguer une personne ou une équipe représentante qui porte son projet politique et qui le traduise en politique de gestion.
Je crois pouvoir dire que les magistrats actuels, dans notre canton de Genève, s'en moquent.

4. "Le délai de réalisation du projet est fixé sans connaître les capacités réelles à répondre à la demande".
Le délai de réalisation du projet dépend beaucoup de sa validité et de sa cohérence. Il faudrait une équipe capable d'analyser les faisabilités et les possibilités pour les comparer aux cas déjà expérimentés.
Dans l'administration publique, il s'agit de répondre à la conformité des lois et des règles établies par le législateur. Souvent, les demandes ne peuvent pas être satisfaites dans un temps sollicité. Il ne s'agit pas d'un produit de consommation.
Là, je peux dire que les directeurs étrangers, habitués à des pratiques irrespectueuses des lois tendent à imposer leurs prérogatives dans le mépris la législation du pays et de toute règle. Les employés sont très embarrassés mais ils n'y peuvent rien. Autrement c'est l'humiliation publique et le licenciement qui pend au bout du nez.

5. "Le projet est dès lors ressenti comme une "patate chaude", c'est-à-dire une tâche avec un fort enjeu technique et humain sous forte contrainte de temps".
Pire qu'une "patate chaude", le projet ressemble à du sabotage avec une
désorganisation évidente et le jeu de pression et de harcèlement est constamment présent avec chantages, blocages et vols du travail effectué et vol des données à la clé.
Comment voler les données protégées de l'état?
Il suffit de mandater une société-amie d'audit, prétendant réorganiser le personnel. La société exige régulièrement de mettre sur la table tous les détails de toutes les tâches réalisées et de tous les résultats, y compris les courriers confidentiels des administrés pour, dit-elle, étude et analyse. C'est lors d'audit inofficiel sans protocole sur la méthodologie de travail que les données sont fuitées vers des cabinets privés.
Mais qui mandate telle ou telle société, tel ou tel cabinet?
Le directeur! étranger à notre législation, à notre pays et à ses administrations. Lui, tout puissant, plus puissant que le Grand Conseil, plus puissant que la Cour des Comptes, plus puissant que le magistrat, lui conçoit ses projets personnels, commandé par personne d'autre que lui, il mandate et fait payer les audits et les conseils externes, il externalise les tâches gratifiantes vers des sociétés de son choix etc. Il devient manager patron de l'administration publique.
Pression sur le temps de réalisation?
Naturellement, un directeur qui fut animateurs des programmes de vacances ou ex-chef acheteur chez Carrefour ou Intermarché, ne peut comprendre qu'un dossier juridique prend un autre temps et un autre investissement qu'un blablabla simpliste pour négocier sur le prix d'un tonne de pommes. Malheureusement, c'est ce genre de manager que nos magistrats s'offrent pour leur soutien.
nous pourrons craindre que SCORE de la société GFO chargée d'évaluer emplois et employés de la fonction publique, ne procéde de la même manière qu'on procèderait avec du personnel de la vente au rayon de super-marché.

"L'organisation s'engorge, s'étouffe et tourne en rond".
Ce n'est pas le souci du manager dont je vous parle. Son souci est ailleurs: comment cacher son incapacité, sa non formation, comment continuer d'encaisser chaque mois, jusqu'à sa retraite, un salaire mensuel de 25'000 CHF sans qu'on ne découvre qu'il n'a aucune des compétence qu'il continue de prétendre. Son CV étant confectionné dans une officine de conseil en recherche d'emploi de cadre-manager. Ses références invérifiables parce que les sociétés dans lesquelles il prétend y avoir travaillé n'existent plus depuis trente ans... Pourtant un chasseur de tête l'avait repéré et fait engager, une chance plus fabuleuse qu'un gain à la Loterie Romande. Il doit faire au moins semblant d'être plus qu'à la hauteur, il doit user d'intimidation pour tenir son entourage professionnel à bonne distance pour ne subir aucune question, aucun soupçon.
C'est vraiment inconfortable pour lui et très irritant. Les accès de colères servent de masque, on les fera passer pour de l'exaspération à cause d'un personnel incapable...

Voici un peu de lecture réaliste. Il faudrait que tous les petits employés de l'état, que les magistrats en exercice et que les directions de ressources humaines lisent David Graeber.
Grâce à Marc Rameau et à sa présentation de l’œuvre de Graeber, nous prenons conscience des supercheries autant criminelles que les escroqueries bancaires ou les blessures morales et psychiques qu'on aime nommer "Burn Out".
Ah! Ces managers qui épuisent! La faute à qui?

http://le-troisieme-homme.blogspot.fr/2015/08/coeur-de-metier.html#more
Petit extrait:
"Ce schéma consiste à voler le résultat et la reconnaissance du travail d’autrui. Pendant que les directions de projet continuent d’assumer tous les risques et la complexité des différents métiers de l’entreprise, le « manager » hiérarchique n’aura qu’à employer des recettes très simples pour dérober le travail et la création de valeur produits par elles. Ces recettes n’ont bien entendu plus rien à voir avec la compétence professionnelle ou les qualités d’entrepreneur :"

En continuant la lecture, on y découvre des perles et encore des perles!

Merci Monsieur Zimmermann de publier mon post. Je sais qu'il est dur à avaler pour certains, mais il sera un baume au cœur de la plupart des fonctionnaires au petit salaire de l'état que je respecte parce qu'ils souffrent en silence et que les syndicats ne sont pas formés pour y être sensibles ni pour comprendre l'évolution pernicieuse de notre société qui a profondément détérioré les conditions du travail et de vie et qui pulvérise le potentiel de créativité et d'excellence de chaque individu.

Écrit par : Beatrix | 17/01/2016

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